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06 décembre 2022

Le grondement de la montagne

Le grondement de la montagne / Yasunari Kawabata (trad. du japonais par Sylvie Regnault-Gatier) - Le Livre de poche, 1986 - 347 p. ; 8,20 €

legrondementdelamontagneDans le Japon d'après-guerre, Shingo est un homme aisé, un "notable vieillard" de 60 ans (!), marié à Yasuko. Il travaille à Tokyo avec son fils. Celui-ci vit sous le même toit que ses parents avec sa jeune femme. La soeur aînée a quitté son mari et vit également là avec ses deux filles. Ca fait du monde ! Le père doit gérer les conflits et les émotions que provoquent cette cohabitation et les difficulté de chacun.e. Bien sûr, nous suivons les réflexions et les soucis de cet homme sensible et hanté par le vieillissement mais le bonheur de cette lecture est surtout dans l'émerveillement et la place que prend la nature  chaque moment. Les arbres, la colline, le temps, le vent, les oiseaux.. L'homme est sensible à chaque mouvement de son environnement et l'écriture nous rend cette délicatesse.

Histoire touchante, mélancolique, douce et poétique.

J'adore cette ambiance japonaise ! A lire !!!

"Les cigales s'éveillent-elles quand elles font des cauchemards ?"

«Que la nuit est profonde, au clair de lune ! Il la ressentait en lui, cette profondeur qui s'enfonce, à l'horizontale, jusqu'au lointain. »

"Dans la lumière de l'après-midi, les fleurs de cerisier flottaient avec splendeur sur le ciel. Ni leur couleur ni leur forme n'étaient très accusées, mais elles emplissaient l'espace. L'arbre se trouvait à l'apogée de son épanouissement - comment croire que toutes ces fleurs fussent condamnées ?
Mais, pétale à pétale, elles s'effeuillaient, et sous le cerisier, les fleurs tombées s'amassaient."

Cet écrivain (1899-1972) a reçu le Prix Nobel de littérature en 1968

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23 novembre 2022

L'Odyssée de Sven

L'Odyssée de Sven / Nathaniel Ian Miller (trad. de l'anglais EU par Mona de Pracontal - Buchet-Chastel, 2022 - 468 p. ; 24.50€   (prêté par Frédé, merci !)

l'odysséedeSvenLe (faux) journal du (vrai) ermite. "Même si je suis connu comme un chasseur arctique solitaire et sans égal, je ne suis rien de tel et j'ai rarement été seul ".

Stockholm, 1916.  Sven n'a vraiment pas le moral... Sa vie n'a pas de sens, il s'ennuie. Il rêve d'aventures et de Grand Nord. A la suite d'un accident du travail à la mine, il décide de partir vivre loin de tout aux confins de l'arctique, au Spitzberg (Svalbard). La vie d'ermite l'attire pour diverses raisons (que vous découvrirez vous-même ;-). C'est bien sûr une existence très difficile qu'il va vivre (froid intense, nuit polaire sur des mois, chasse, solitude..), mais elle sera émaillée de rencontres, de rebondissements, d'amitiés rudes et d'humanité. (un anglais généreux, un trappeur finlandais socialiste, un chien inoubliable, un Ukrainien anar, une jeune femme...). Ce qui donne aussi de l'intérêt pour moi c'est que le contexte historique et social n'est pas oublié : les conditions de vie des "petites gens" et les guerres traversent ces contrées lointaines.

Récit vivant, attachant, plein de rebondissements (on s'y croirait presque, bien au chaud sous notre couette), c'est également une ode à la nature extrême !

Belle réussite pour un premier roman (et ça sent le vécu !). Sympa ! J'ai bien aimé !!! A lire !!

"Ecoute la voix qui parle quand toutes les autres se taisent. Sois seul - sois entièrement seul. Je ne dis pas que tu vas faire une découverte de valeur ici - certainement pas une vérité cosmique - mais peut-être finiras-tu par te sentir aussi dépouillé, efficace et propre qu'un bâton fraîchement taillé."

"Les hommes, dit-elle, s'imaginent toujours qu'ils savent tout mieux que tout le monde, surtout quand ils n'y connaissent rien." (hi hi !! c'est pas moi qui le dis...)

"Et j'aimerais tant montrer ces mots à Helga. C'est elle, après tout, qui m'a pressé d'écrire, il y a tant d'années. J'y rechignais alors, arguant que la dernière chose qu'on a envie de faire, quand on se débat désespérément contre les confins de sa solitude, c'est de passer plus de temps seul, pour regarder à l'intérieur de soi. "C'est retourner le couteau dans la plaie, disais-je à l'époque. Revivre ma vie sur papier ressemble à une cruauté infligée à moi-même et aux malchanceux qui se retrouveraient à lire l'histoire. Et qui en aurait envie?
- Si tu ne consignes rien, répondait-elle, les gens que tu aimes ne se souviendront que du squelette de ce que tu as vécu. Ton esprit mourra avec toi."

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15 novembre 2022

Les grandes oubliées

Les grandes oubliées Pourquoi l'Histoire a effacé les femmes /Titiou Lecoq (préf de Michelle Perrot) - L'iconoclaste, 2021 - 325 p. ; 20.90€  (Essai)

lesGrandesOubliées"C'est maintenant, à l'âge adulte, que je réalise la tromperie dont j'ai été victime sur les bancs de l'école. La relégation de mes ancêtres femmes me met en colère. Elles méritent mieux. Notre histoire commune est beaucoup plus vaste que celle que l'on nous a apprise." "

L'autrice propose ici une relecture de l'histoire, de la préhistoire jusqu'à nos jours, en redonnant une voix et une place à ces femmes "oubliées", en leur redonnant la place qu'elles méritent et pas seulement celle que les hommes ont bien voulu leur donner. Pourquoi les femmes sont absentes de nos manuels d'histoire ? Un oubli, une omission ? Que nenni, c'est un effacement volontaire.
S'appuyant sur un travail de recherche rigoureux et utilisant l'humour parfois et ses souvenirs d'école, Titiou Lecoq a réalisé un récit accessible et didactique, qui démontre que les droits des femmes n'ont pas toujours progressé au fil des siècles, bien au contraire, et que leur combat est encore loin d'être terminé.

"On ne peut pas comprendre les difficultés qu'ont affrontées les femmes pour gagner en égalité si on ne comprend pas que leur refuser ces droits était l'une des bases idéologiques de notre culture. Leur accorder l'égalité, c'était remettre en cause les fondements mêmes de notre civilisation, et pour cela il fallait révolutionner notre vision du masculin et du féminin. Cela signifie également qu'il n'y a pas un sens dans lequel irait l'histoire, où les femmes gagneraient forcément de plus en plus de droits. Il y a des périodes durant lesquelles elles en ont perdu - et toujours, elles se sont battues pour être mieux considérées."

Passionnant ! A lire !!!! et à mettre entre toutes les mains (ados et jeunes adultes en prio !)

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Récits ultimes

Récits ultimes / Olga Tokarczuk (trad.du polonais Grazyna Erhard) - Le livre de poche, 2021 - 352 p. ; 7,90€    (prêté par Lucienne, merci !)

récits ultimesTrois femmes ukrainiennes, Ida, Parka et Maya (je n'avais pas réalisé d'ailleurs qu'elles étaient parentes sur 3 générations). Chacune traverse un moment de tourmente qui les amène à revoir leur existence passée. Ida a un accident de voiture sous la neige et trouve refuge chez un couple de personnes âgées. Parka exilée en Pologne vit très isolée en pleine montagne enneigée et son mari vient de mourir. Maya est en voyage en Malaisie avec son fils de onze ans. Récit de vie de femmes n'ayant pas eu une vie facile, comme beaucoup.

Trois histoires comme trois nouvelles, histoires pas très gaies il faut le reconnaître car elles se termine toutes par la mort (... libératrice) mais le ton est  très juste et il y a aussi de l'humour (Parka malgré une vie terrible est la plus gaie des 3 !).

J'ai bien apprécié ce livre étrange et déroutant. J'aime découvrir des auteurs avec une forte personnalité. Cette écrivaine née en 1962 a reçu le prix Nobel de littérature 2018. Féministe, pro-européenne et défenseure des droits des minorités en Pologne. (je la connaissais car j'ai un livre d'elle "Les livres de Jacob" que je peine à lire ;-)

A lire !!

"Il y a une chose qui me tarabuste depuis longtemps : comment se fait il qu'on puisse voir une chose tout à fait différemment que les autres ne la voient ? Pourquoi le regard que nous portons sur les choses et les faits différent selon la personne qui les regarde ? Comme si chacun regardait le monde à travers un filtre. Comment alors se mettre d'accord à propos du passé ? Et même si l'on décidait de laisser de coté le passé, le jugeant trop compliqué, trop embrouillé, histoire d'adopter une seule et unique version des faits, commune à tous, cela ne résoudrait pas pour autant le problème du présent. Lui aussi est soumis à la loi du filtrage. On a beau regarder la même chose, chacun y voit autre chose. C'est en lisant les journaux du lendemain qu'on apprend ce que l'on a réellement vécu la veille. Pour nous, c'est après coup que des gens savants nous ont expliqué dans leurs gros bouquins pourquoi nous avions dû plier bagage et vivre ces adieux déchirants. Nous, à l'époque, on l'ignorait. Les journaux et la télévision qui détiennent le privilège de régir l'ordre du monde se substituent à nous et fixent le sens de chacun de nos faits et gestes, de chacune de nos décisions." p.171

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03 novembre 2022

Le Grand Monde

Le Grand Monde /  Pierre Lemaitre - Calman Levy,  2022 - 592 p. ; 22.90€    (prêté par V., merci !)

leGrandMondeDans la famille Pelletier il y a :

 - Louis le père, qui gère à Beyrouth une savonnerie très florissante (1948)

- Angèle, la mère "Les départs successifs des enfants étaient autant de clous que, chacun à son tour, ils lui plantaient dans le coeur."

et leurs 4 enfants :

- Jean le fils aîné, looser et mal marié "Le bras de son épouse étant trop court pour coiffer l’arrière, son crêpage, mal fait, dévoilait des racines blanches. C’est dans cette zone-là qu’il cognerait si un jour il se décidait à la tuer. "

- Geneviève, son insupportable épouse "Pour le mariage. Il y a eu fausse promesse, je suis désolée, le compte n’y est pas. Je demande réparation ! Je vais leur faire un procès, moi, à tes parents ! "

"François frappa à la porte. Il avait à la main un bouquet d’œillets sur lequel Geneviève s’extasia bruyamment.
— J’ai demandé à Mme Faure de nous faire un coq au vin, mentit Geneviève qui n’avait rien choisi du tout.
— Merveilleux, dit François qui n’avait jamais aimé ça."

- François qui prétend faire Normale sup à Paris alors qu'en fait il travaille dans un journal à la rubrique des chiens écrasés " Vite, rue Quincampoix. » Il était dans un état d’excitation qui frôlait le malaise. Il relut ses notes, consulta sa montre, il n’était pas dix-huit heures, on devait boucler la seconde édition. C’était juste, mais faisable. "

- Hélène, la fille, mal partie à 18 ans et qui fugue à Paris " Institutrice ou infirmière, ça ou autre chose, elle s’en fichait. Mais cette vie, coincée entre ses parents, non, elle n’en voulait à aucun prix. "

- Etienne, le chouchou  "C’était un idéaliste, mais sans idéal. Parfois sa mère lui prenait le visage entre ses mains, et demandait : « Quand vas-tu te contenter de ce que te donne la vie ? " il va partir au vietnam (c'est la guerre) avec son chat Joseph  pour chercher son ami disparu. " Ça ne va pas, Joseph ? demanda Étienne. Le chat ne répondit pas et resta là, à les observer, énigmatique et silencieux. "

"Entre la terrasse du Métropole et celle du Cristal Palace, vous avez tout ce qui compte à Saïgon. Diplomates sur le retour, aventuriers, séducteurs, banquiers corrompus, journalistes alcooliques, prostituées et demi-mondaines, aristocratie française, communistes masqués, planteurs richissimes, tout est là. L’erreur serait de croire que Saïgon est une ville. C’est un monde à part entière. La corruption, le jeu, le sexe, l’alcool, le pouvoir, tout s’y donne libre cours sous l’autorité de la déesse absolue, celle que tout le monde révère, à savoir Sa Majesté la Piastre !"

Belle brochette jubilatoire de tordus en tous genres ! c'est grinçant, drôle, affreux, prenant.. une bonne lecture de vacances !! Roman d'aventure et d'évasion réussi ! J'ai bien aimé !

 

 

 

 

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22 octobre 2022

King kong théorie

King kong théorie / Virginie Despente - Grasset, 2006 - 156 p. ; 13.90€     (bibli)

kingkongtheorieA partir de ses propres expériences et de son travail de recherche, Virginie Despente écrit un essai sur la place de la femme dans notre société à travers différents sujets : le viol, la prostitution, la pornographie. Elle pose la question de la place de la femme dans la société moderne, de la féminité, du genre, des rapports hommes-femmes, et du féminisme au XXe siècle. Virginie Despentes a vécu tout ce dont elle parle, tout ce que la "bien-pensance bourgeoise" rejette : viol, marginalisation, prostitution, sexualité à tout va,  hétérosexuelle puis homosexuelle,  consommation de drogues, d’alcool…, elle a tout vécu. Cette vie revendiquée de rebelle «punk-rock» sert de socle pour ce manifeste qui balaie toutes les certitudes.


Ce livre est un "manifeste ravageur" qui remet bien des pendules à l'heure. A la lecture, je me disais qu'il date un peu mais il y a déjà en germe tout ce qui s'est passé depuis ! Très intéressant !  Je n'ai pu m'empêcher de faire le lien avec le livre de Constance Debré lu précédemment, y'a pas photo ! Celui-ci a quelque chose à nous dire, vraiment, et sa portée est collective et politique. De quoi réfléchir ! Salutaire ! A lire ! 

« C’est seulement avec le recul que nous offre l’époque actuelle qu’il a été permis de comprendre le caractère visionnaire de King Kong Théorie. »

Parce que l'idéal de la femme blanche, séduisante mais pas pute, bien mariée mais pas effacée, travaillant mais sans trop réussir, pour ne pas écraser son homme, mince mais pas névrosée par la nourriture, restant indéfiniment jeune sans se faire défigurer par les chirurgiens de l'esthétique, maman épanouie mais pas accaparée par les couches et les devoirs d'école, bonne maîtresse de maison mais pas bonniche traditionnelle, cultivée mais moins qu'un homme, cette femme blanche heureuse qu'on nous brandit tout le temps sous le nez, celle à laquelle on devrait faire l'effort de ressembler, à part qu'elle a l'air de beaucoup s'emmerder pour pas grand-chose, de toutes façons je ne l'ai jamais croisée, nulle part. Je crois bien qu'elle n'existe pas.

J'écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf. Et je commence par là pour que les choses soient claires : je ne m'excuse de rien, je ne viens pas me plaindre. Je n'échangerais ma place contre aucune autre, parce qu'être Virginie Despentes me semble être une affaire plus intéressante à mener que n'importe quelle autre affaire.

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19 octobre 2022

Quand tu écouteras cette chanson

Quand tu écouteras cette chanson /  Lola Lafon - Stock, 2022 ( ma nuit au musée) - 249 p. ; 19.50€ (prêté par Lucienne, merci !)

quandtuécouterascettechanson"Le 18 août 2021, j'ai passé la nuit au Musée Anne Frank, dans l'Annexe. Anne Frank, que tout le monde connaît tellement qu'il n'en sait pas grand-chose. Comment l'appeler, son célèbre journal, que tous les écoliers ont lu et dont aucun adulte ne se souvient vraiment? Est-ce un témoignage, un testament, une œuvre?
Celle d'une jeune fille, qui n'aura pour tout voyage qu'un escalier à monter et à descendre, moins d'une quarantaine de mètres carrés à arpenter, sept cent soixante jours durant. La nuit, je l'imaginais semblable à un recueillement, à un silence. J'imaginais la nuit propice à accueillir l'absence d'Anne Frank. Mais je me suis trompée. La nuit s'est habitée, éclairée de reflets; au cœur de l'Annexe, une urgence se tenait tapie encore, à retrouver."

Confrontation redoutée...

Dans le cadre de la collection «Ma nuit au musée», Lola Lafon choisit donc de passer une nuit dans le musée de la maison d'Anne Frank à Amsterdam, dans cet "appartement"où Anne Frank a vécu enfermée avec ses parents, sa soeur et quatre autres personnes de juillet 1942 au 4 août 1944 pour échapper à la déportation. Vingt-cinq mois de clandestinité, de silence et d'enfermement qu'elle a racontés dans son journal, avant d'être déportée et tuée à Bergen-Belsen…

Mêlant parfois son histoire à celle de tant d'autres, écrit sur fond de confinement, avec pudeur, maîtrise et sensibilité, l'autrice rend compte de son cheminement au cours de cette nuit si particulière. La "grande histoire" n'est somme toute faite que d'histoires singulières, connues ou non, mais toujours avec beaucoup de souffrances et de victimes. Et ceux qui n'ont pas péri, vivent avec. J'ai également apprécié qu'elle remette à sa place choisie d'écrivaine cette jeune fille cloîtrée avec sa famille et que "tout le monde croit connaître". Elle s'interroge également (et nous interroge) sur l'acte d'écriture et sur le rôle de la mémoire.

J'ai été touchée par cette lecture. Beau texte. A lire !!!

 

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16 octobre 2022

Nom

Nom / Constance Debré - Flammarion, 2022 - 169 p. ; 19€     (prêté par V., merci !)

nom«Pas d’argent, pas de maison, pas d’héritage. C’est conforme à ma philosophie de ne rien transmettre. Pas même le nom.» Pourtant, son nom, elle l'affiche bel et bien.

On pourrait dire : une sortie de sa classe sociale d'origine mais à l'inverse de celles de Edouard Louise ou Annie Ernaux.

Ecrite à la première personne, cette fiction autobiographique met en scène l'autrice dans sa nouvelle vie et présente ses "convictions" (et ses contradictions). Une fois qu'elle s'est débarrassée de son ancienne existence bourgeoise qu'elle exècre (cf ses livres précédents), elle décide de dire et de faire juste ce qu'elle veut (en gros squatter chez des gens, "baiser", nager). C'est une révolte à la première personne, très auto-centrée, le personnage rejette tout, prône le "vide", aucune attache, aucun lien (mais si quand même un peu, elle "visite" son père mourant). Je la trouve agaçante, provoc, égoïste ; en même temps, elle dénonce parfois les travers de la grande bourgeoisie et du pouvoir avec une certaine justesse. L'écriture est dure, hâchée, elle jette les mots sur le papier (et à notre g...). Il en ressort à la lecture un goût amer, une certaine tristesse, on ne sent aucune lumière, aucune joie de vivre. ça ne donne pas envie !  Est-ce une posture provisoire en attendant de se re-construire ? J'attends qu'elle vieillisse pour voir ce que ça va donner.

 A vrai dire, je ne me sens pas vraiment concernée par cette révolte toute personnelle même si les thèmes traversés font parfois écho à des préoccupations actuelles. En tous les cas, ça fait causer dans les chaumières !!

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14 octobre 2022

Le silence d'Ingrid Bergman

Le silence d'Ingrid Bergman / Denis Lachaud - Actes sud, 2022 - 294 p. ; 21€ (prêté par Frédé, merci)

lesilenced'ingridbergman

"Elle se réveille dans le noir. La phrase s'est transformée . Tu survivras puis tu vivras."

Ingrid vit emprisonnée dans une grande maison avec sa fille Rosalie sous la domination d'un homme, Roland, qui a la maîtrise absolue de tous leurs actes. Une histoire d'emprise, de contrainte absolue. Comment fait-on pour se reconstruire quand enfin un évènement libérateur survient ?  Peut-on recommencer à vivre "normalement", à apprendre à vivre à l'extérieur ?

Voilà un roman sidérant, mené de main de maître ! Je l'ai lu d'une traite. La première partie est glaçante, sidérante, mais elle est nécessaire pour poser les personnages et nous montrer ce qu'elles ont vécu. Ce que j'ai trouvé vraiment intéressant c'est la deuxième partie, l'analyse de leur "résurrection". Comment ces deux personnes, différemment, arrivent à se reconstruire alors que tout était déconstruit, que leur vie ne leur appartenait pas. La mère est un personnage incroyable qui force le respect. Des personnages et une histoire  que je ne suis pas prête d'oublier !! A lire !!!

"Quel trouble relationnel peut ainsi régir deux vies jusqu'à l'invisibilité ?"

 

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13 octobre 2022

Mon mari

Mon mari / Maud Ventura - L'iconoclaste, 2021 -355 p. ; 19€           (bibli)

monmariUne femme qui a "tout pour etre heureuse" vit dans les affres de la passion. Elle aime follement son mari,mais n'est pas toujours certaine que ce soit aussi réciproqie. Alors elle observe tout ce qu'il fait, elle analyse tout ce qui se passe. Elle note les "fautes" de son mari dans ses petits carnets et invente des "sanctions" en conséquence.

Premier roman d'une jeune femme de 28 ans. Je me suis laissée tenter car il faisait partie du Prix CEZAM et je l'ai (bien) lu, c'est distrayant mais je dois reconnaître que je n'ai pas été super intéressée et je n'en ai pas retiré grand plaisir. C'est une sorte de monologue un peu délirant, j'étais sûre qu'il allait se passer quelque chose à la fin (eh oui !). Ce n'est vraiment pas déplaisant, il y a de bonnes trouvailles mais cette héroïne névrosée ne m'a pas convaincue. Il faut dire que ce livre arrive pour moi après une salve de lectures de grandes qualités, ça joue. Où alors c'est une question de génération ? A vous de me dire ce que vous en avez pensé !?

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