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bouquine-bouquin

13 septembre 2026

La montagne vivante

 

La montagne vivante / Nan Sheperd , trad. de l'anglais Marc Cholodenko - Christian Bourgois éd. (Satellites), 2026 - 202 p. ; 9.50 €

 

"Je sus après avoir longuement regardé que j'avais à peine commencé à voir." 

 

Par cours chapitres lumineux, précis et poétiques (l'air, l'eau, la lumière, la vie, le sommeil, la neige...), l'autrice nous partage sa passion pour les montagnes écossaises du Cairnhorn, son "appartenance" à ces lieux, avec respect, humilité et amour pour une vie simple et sublime. Elle prend juste sa petite place qu'elle confronte/mélange à ces montagnes vivantes.

 

"C’est un voyage dans l’être ; car à mesure que je pénètre plus profond dans la vie de la montagne, je pénètre aussi dans la mienne. Pendant une heure je me trouve au-delà du désir. Ce n’est pas une extase qui vous transporte hors de soi-même qui fait l’homme tel un dieu. Je ne suis pas hors de moi-même, mais en moi-même. Je suis." 

 

Une pionnière dans le genre "nature writing" car ce livre a été écrit en 1940 ! Quelle richesse !!!

 

J'ai beaucoup aimé !! Je le conseille !!

 

"Me voici donc allongée sur le plateau, sous le cœur central de feu depuis lequel a été lancée cette masse grommelante et grinçante de roc plutonique, au-dessus de moi l’air bleu, et entre le feu du rocher et le feu du soleil, les éboulis, le sol et l’eau, la mousse, l’herbe, la fleur et l’arbre, les insectes, les oiseaux et les bêtes, le vent, la pluie et la neige – là montagne au complet. Lentement j’ai trouvé mon chemin à l’intérieur. "

 

 

 

10 septembre 2026

Rose, Marie & Dalida

 

Rose, Marie & Dalida / Catherine Gucher - Le mot et le reste, 2026 - 235 p. ; 21 €    (bibli)

 

"À cette époque-là, Rose ne savait rien encore de la vie qui l’attendait. Elle ne connaissait ni Esther Dorsainville, ni les bureaux de l’aide sociale. Elle ignorait qu’il y a des forces plus grandes que celles du volcan ou du cyclone pour dévaster les vies des petites personnes comme elle. Elle ne savait rien des ministres de France qui font la politique. Elle ne savait pas qu’un jour, elle n’aurait plus de larmes pour pleurer, qu’elle n’aurait même plus de chagrin." 

 

 

La Réunion, 1977. Comme beaucoup d'autres enfants, Gabriel, le fils de Rose, lui est enlevé par les services sociaux et envoyé dans la Creuse, région dépeuplée qui manque de main d'oeuvre. Ce que l'on a appelé "le scandale des enfants de la Creuse, mensonge d'état"* est raconté ici du point de vue de ceux qui restent, la mère Rose, la soeur... Comment vivent ces femmes dont on a pris les enfants "pour leur bien" ?

Rose, 20 ans, vit chez sa mère très toxique, son mec est violent et coureur, c'est la misère, heureusement il y a Gertrude, une femme qui lutte, et le doux Victor. Pourra-t-elle trouver l'apaisement ? et la soeur de Gabriel peut-elle oublier son frère ?

 

*" L'affaire des enfants de la Creuse désigne la "déportation" de plus de deux mille jeunes mineurs de leur île de La Réunion vers la France métropolitaine dans les années 1960 et 1970, transfert auquel a participé Michel Debré alors député de La Réunion." (wikipedia)

et pour aller plus loin :  le bouquin de Jablonka :" Enfants en exil : transfert de pupilles réunionnais en métropole (1963-1982) publié en 2007".

 

J'ai apprécié ce livre et le choix original du point de vue choisi par la narratrice. (par contre, j'ai un peu moins aimé la fin).

 

Ce livre fait partie de la sélection 2026 du Prix Louis Guilloux

 

 

7 septembre 2026

La mauvaise joueuse

 

  La mauvaise joueuse / Victor Jestin - Flammarion, 2025 - 147 p. ; 18 €       (prêté par Anne, merci !!)

 

« J'aimais les règles de tous les jeux, qu'elles soient simples ou complexes, sévères ou laxistes, étranges ou classiques. J'avais un amour inconditionnel des règles. La qualité d'une règle ne se mesurait pas à son inventivité, ni à sa drôlerie, ni à sa supposée justesse, mais au simple fait d'être une règle, autrement dit, de tracer dans le monde une sorte de ligne claire ; et ces lignes, ensemble, délimitaient une zone, et m'en tenir à cette zone m'apparaissait chaque fois comme la meilleure et la seule chose à faire. J'aimais suivre les règles comme d'autres aiment suivre la loi, la morale, ou les mouvements secrets de leur coeur. Tous ces chemins sans doute menaient au même endroit. Je suivais les règles pour être heureuse. » (p.45)

 

 

Maud, 30ans, employée de bureau, mariée, mène une vie "ordinaire". Mais un soir, ses démons intérieurs se réveillent à la suite d'un accident et la voilà en "cavale", renouant avec une vieille addiction qu'elle pensait disparue à jamais : le jeu, le jeu quel qu'il soit. 

 

 

"Ma mère avait raison depuis le début. Elle m'avait dit une fois, en colère : Maud, dans mauvaise joueuse, il y a mauvaise, le jeu te rend mauvaise, le jeu révèle le mal en toi, regarde-toi, ma chérie, regarde dans quel état tu te mets, tu dois t'arrêter, un jour sinon ce sera trop tard, tu sais, on peut faire des choses terribles par envie de jouer, par envie de gagner, pense aux guerres, aux dictateurs, aux bombes atomiques, de quoi est-ce que ça part, tout Ça, à ton avis ?" (p.122) 

 

 

Ce récit dénonce l'addiction aux jeux, cette spirale infernale, mais sans vraiment aller au fond des choses, dommage. Les affres de cette joueuse compulsive et dominée par ses pulsions n'ont pas trouvé d'écho en moi.

 

5 septembre 2026

L'étoile d'après

 

L'étoile d'après / Charles Aubert - Istya & Cie, 2026 - 20 €   (bibli)

 

"Nous vivions donc à proximité d'un pays en guerre. Une guerre étrange, interminable, qui ne disait pas son nom, une guerre qui nous concernait et qui en même temps ne nous concernait pas, une guerre qui nous avait enveloppés de toutes parts comme une brume matinale avant de pénétrer en nous insidieusement, une guerre à laquelle nous nous étions habitués, comme à une longue maladie, ou une malédiction."

 

Simon grandit dans une petite ville ouvrière du Donegal, Irlande entre un père taiseux, une mère courage, un grand frère engagé auprès de l'IRA et une petite soeur, Zoé, fantasque, lumineuse, une étoile filante.

La famille va éclater quand les enfants vont grandir en suivant un chemin différent. Chacun trouvera-t-il sa place dans ce monde désenchanté ? Vont-ils se retrouver ? 

 

Le récit est écrit à la première personne Il mêle l'histoire du "conflit" en Irlande du Nord dans les années 70-80  à la vie ordinaire (presque) de cette famille.

 

"De toute façon, ton phoque, si tu veux mon avis, il est déjà en Ulster, de l'autre côté de la baie, en train de manger des sardines protestantes. "

 

Désolée, mais je n'ai pas réussi à y croire... Simon m'a agacé, toujours à se dévaloriser, Rudy et Zoé ne sont pas crédibles à mes yeux. On a l'impression que ce terrible conflit ne sert que de décor dans cette histoire.  Si vous voulez un bon roman qui traite de ce conflit, lisez par exemple : "Mon traître" de Sorj Chalandon.

 

Qui a beaucoup aimé ? Défendez-le !!!

 

Ce livre fait partie de la sélection du Prix Louis Guilloux 2026

 

4 septembre 2026

Traverser les montagnes, et venir naître ici

 

Traverser les montagnes, et venir naître ici / Marie Pavlenko - Pocket, 2025 - 378 p. 

 

"Comment tu vas, quoi de neuf, qui êtes-vous, Astrid ne pose jamais de question. Ce matin, elle a enfilé son costume d’être humain, mais dessous, il n’y a que des muscles qui bougent par réflexe et un désert barbouillé de carcasses noircies." 

 

Astrid, une femme d'une quarantaine d'années. Endeuillée, elle a décidé de tout laisser derrière elle, et de poser ses valises dans une maison qu'elle vient d'acheter, sans même la visiter. Soraya a 17 ans,  elle a fui son pays, la Syrie, pour entreprendre un périlleux voyage à pied en traversant les frontières.

 

"Mais elle n'est pas la seule. D'autres, ailleurs, traversent l'enfer, et cet enfer prend toutes les formes, les chemins les plus banals ou tortueux. L'enfer invente toutes les histoires." 

 

Récit de deux vies de femmes, différentes, mais toutes deux fracassées par des vécus douloureux (deuil, guerre, viol, immigration). Elles vont se rencontrer, réussir à s'apprivoiser et se reconstruire peu ou prou, grâce à la sororité et à l'entraide. La nature est très présente aussi dans ce roman car l'histoire se déroule dans un coin perdu du Mercantour. 

 

"Les sommets exultent, les montagnes s’étirent vers le ciel, remettent en place leurs grandes jupes de pierre, posent sur le monde et la route, fine broderie dans les plis du tissu rocheux, un œil de vieille dame ayant tout vu." 

 

(Je ne m'attarde pas car j'ai beaucoup de retard dans mes présentations !)

 

Roman émouvant, poétique. les personnages sont attachants, ça sonne juste et ça fonctionne très bien !!! J'ai beaucoup aimé. A lire !!!

 

 

4 septembre 2026

La classe et la fonction

 

La classe et la fonction / Mariana Alves - éd. Chandeigne & Lima -  112 p. ; 18 €      (bibli)

 

"Le côté paradoxal de la loge est d’être un lieu de travail et une maison. Et qui dit “maison” dit “intimité”. Mais comment se passe cette intimité dans un espace ouvert à tout le monde ?"

 

 

Récit à la première personne par l'autrice de son enfance, fille de concierge,  vécue dans la loge minuscule d'un immeuble cossu dans le VI°. Elle y vit dans les années 80, avec ses parents immigrés portugais. Elle raconte, avec humour ou dérision parfois, les rapports de classe, la honte, la colère. Aucune intimité, aucune vie privée, les toilettes dehors au fond du couloir, corvéables à merci ! 

 

Ce roman autobiographique met en lumière la violence des rapports de classes au sein d'un même lieu, . La Grande Petite la Grande Petite est lucide, parfois mordante, toujours debout. Elle comprend vite que seules, les études peuvent lui permettre une autre vie. racisme, mérite, assimilation...). On pense bien sûr à Annie Ernaux, à Edouard Louis et d'autres.

 

"Les nouveaux étaient triés sur le volet : essentiellement des Autres venant de collèges privés catholiques. La Grande petite était la seule Portugaise de sa promotion. Pour vivre heureux, il fallait vivre caché. Rester à sa place, celle de première de la classe. Ne pas faire de vagues. Être la fille gentille, taiseuse et travailleuse." 

 

J'ai bien aimé !!! A lire !!!

 

Mariana Alves  : " J’ai écrit ce livre pour le collectif, à un moment où j’en ai eu assez d’entendre des discours sur le droit du sol, l’immigration et qui mérite d’être là ou non. Ça a réveillé en moi une colère créatrice."( L’autrice, qui écrit sous pseudonyme, préfère toutefois garder l’anonymat.)

 

"Ce qu’elle n’aimait pas, c’était les Autres. Les Autres frappaient tout le temps. A la fenêtre. A la porte. Pour récupérer le courrier. Les clés. Dire qu’il y avait une fuite. Que l’ascenseur ne fonctionnait pas. Qu’une ampoule avait fondu. Dire d’appeler le plombier. L’électricien. Le dératiseur. Rappeler dix minutes après pour demander pourquoi le plombier n’est pas encore passé. (…) Ils frappaient tôt le matin pendant le petit déjeuner. Ils frappaient l’après-midi pendant l’heure de repos. Ils frappaient tard le soir. Ils frappaient parfois même pendant la nuit. Ils frappaient le dimanche en rentrant de week-end. (…) Parfois, ils entraient même. Sans réfléchir, sans autorisation alors que la Grande petite mangeait son cordon-bleu avant de retourner à l’école. Ils frappaient et ils avaient vue sur le lit superposé des enfants." 

3 septembre 2026

Amour, meurtre et pandémie

 

Amour, meurtre et pandémie, une enquête de professeur Chen / Qiu Xiaolong, trad. de l'anglais (US) par Françoise Bouillot - Points, 2024 - 233 p. ; 8.40 €

 

Début 2020, l'inspecteur Chen reprend du service pour enquêter sur trois meurtres à l'hôpital de Shanghaï, en pleine crise sanitaire à cause de la pandémie. Au même moment à Wuhan, les victimes de cette politique se comptent par centaines et les posts des lanceurs d’alerte sont censurés. En effet, la politique zéro Covid du gouvernement fait des ravages mais il est difficile de témoigner car la censure est féroce. 

 

J'ai bien apprécié ce polar édifiant ! A lire !!!

 

"Le nombre de décès par dommages collatéraux était plus important que ceux dus au virus. Tout cela au nom de la grande bataille de la Chine contre le Covid, que le PCC utilisait pour justifier la répression de toute critique réelle ou imaginaire contre le régime totalitaire chancelant. "

 

Qiu Xiaolong est né à Shanghaï en 1953. Il s’est installé aux États-Unis après les événements de Tian’anmen.

 

 

3 septembre 2026

La nuit au coeur

La nuit au coeur / Natacha Appanah - Gallimard, 2025 - 282 p.     (offert par Vincent, merci !)

 

 

Trois destins de femmes victimes de la violence de leur compagnon, emprise, violences conjugales, féminicides. Histoires vraies, parmi tant d'autres tues ou ignorées.

 

«De ces trois femmes, il a fallu commencer par la première, celle qui vient d'avoir vingt-cinq ans quand elle court et qui est la seule à être encore en vie aujourd'hui.
Cette femme, c'est moi.»

 

«Nous avons été trois à courir, à nous enfuir, et cette peur qui vient avant la fin, celle que je ne sais pas décrire exactement, je sais qu'elles l'ont éprouvée, en courant, en voulant s'échapper, et je pense désormais à cela tout le temps, je suis avec elles. »

 

Je suis sans voix. Ce livre qui m'a frappé au coeur et je n'oublierai pas. Indispensable lecture !

 

 

 

 

 

30 août 2026

Donner à manger

 

Donner à manger - Politique d'un geste ordinaire / Joëlle Zask - Premier Parallèle, 2026 - 201 p. ; 17 €

Essai

 

« Il est impossible de penser la démocratie sans passer par la nourriture »

"La nourriture est la première pièce de l'édifice social. Tout part de là ou devrait en partir."

 

" Donner à manger " : ce geste omniprésent et simple en apparence engage notre responsabilité la plus fondamentale, celle de maintenir
l'autre en vie et de lui permettre de mener cette vie dignement. Simone Weil parlait d'une " obligation éternelle " ; avant la justice ou le respect, il y a le pain de l'autre. Pourtant, l'humanité est malade de son alimentation. Famine, malnutrition, obésité, nourriture dégradée : des millions de personnes meurent chaque année de ce qu'ils ne mangent pas, ou de ce qu'ils mangent trop.
Dans cet essai qui conjugue philosophie et enquête sur nos modes de vie, Joëlle Zask observe l'environnement moral et matériel de situations concrètes, du biberon à la distribution alimentaire en passant par les cantines scolaires et les lieux de soin pour personnes dépendantes, mais aussi les modes de production agricole. Elle se demande comment nourrir sans empoisonner, aider sans asservir, concilier nécessité et liberté. Car trouver la bonne manière de nourrir autrui, avance-t-elle, c'est s'orienter vers une société à la fois plus juste et plus démocratique. (4ème de couv.)

 

à écouter : 

https://www.arte.tv/fr/videos/131973-005-A/manger-pour-vivre/

 

 

J'ai trouvé cet ouvrage très intéressant et instructif ! La lecture est aisée et nous permet de réfléchir à la distinction entre alimentation et nourriture.

 

Joëlle Zask est professeure de philosophie à l’université Aix-Marseille et membre de l’Institut universitaire de France.

https://www.arte.tv/fr/videos/131973-005-A/manger-pour-vivre/

 

 

29 août 2026

Une unique lueur

 

Une unique lueur / Fred Vargas - Flammarion, 2026 - 522 p. ; 23 €

 

Un tueur en série défie Adamsberg et son équipe !

 

C'est cérébral, pas vraiment crédible mais tant pis !

 

Je continue à lire Fred Vargas pour son érudition (un tueur qui cite Gérard de Narval !), son humour, le désenchantement d'Adamsberg. Et même si cette fois-ci les autres membres de l'équipe ne sont pas trop mis en valeur, j'aime les retrouver. Quand même... les premiers titres étaient "vachement" mieux !!

 

  ça se lit vite, ça détend, j'ai bien aimé !!!

à lire !!!! 

 

"Adamsberg tourna la clef de contact et démarra, se massant d’une main l’estomac. Le café du rude Harold, Harold avec un H, lui avait donné un peu mal au ventre. Il y avait peut-être des tas de saloperies dans ces doses de café-machine. Il haussa les épaules et accéléra. Des tas de saloperies, il y en avait des milliers partout, jusque dans les vers de terre et les fleurs qu’on offre aux femmes pour faire plaisir. Les fleurs, pas les vers de terre. Encore qu’il aimerait bien qu’on lui en offre. Des vers de terre, pas des fleurs. Il les lâcherait dans son jardin pour leur faire plaisir. Aux fleurs, pas aux vers de terre. Puisque les vers de terre sont le plaisir des fleurs, et l’essence de toute vie sur Terre. "

 

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